3, 2, ..

2015_CNMT_CHALL_MAR_079Deuxième distribution des prix pour moi après une deuxième régate dans la rade de Toulon sur l’Open 500. Comme pour ma première régate dans cette rade il y a quelques semaines, j’avais décidé au retour à la splendide base du Yacht Club de Toulon d’assister à l’annonce officielle des résultats au club house de l’organisateur, le Club Nautique de la Marine à Toulon. Pourquoi? Sur le plan logistique, cela me donnait plusieurs heures à attendre. Le club house est en plein cœur de la partie militaire du port de Toulon, juste à coté du musée de la Marine et mon domicile est à une heure de route aller-retour dans la direction opposée. Il est toujours difficile d’estimer sur la ligne d’arrivée d’une régate par handicap, surtout si la course est longue et le bateau sur lequel on est est censé être un des plus lents. Sur la ligne d’arrivée, on était presque sûr d’une seule chose: d’être en temps compensé devant les neufs bateaux que l’on pouvait compter derrière nous en temps réel. Neufs bateaux derrière sur 40 au départ, c’était pas mal et l’on pouvait espérer avoir une chance de décrocher le premier prix de notre classe qui était exceptionnellement une tablette numérique offerte par une commerçant de la région. Michel, le co-propriétaire et skipper d’Adesias, l’Open 500 sur lequel j’avais couru, et moi-même avions l’impression d’avoir bien fait. Michel avait décidé de venir cette fois-ci à la cérémonie où nous nous étions donnés rendez-vous.

Comme j’avais du temps à perdre, je suis allé flâner sur les quais ouverts aux badauds et au touristes dans le voisinage du musée de la Marine. L’eau est très sale mais quelques pécheurs, visiblement habitués ont des lignes à l’eau pour passer le temps agréablement. La foule est très clairsemée pour une fin d’après-midi de dimanche et si les tables des terrasses sont occupées, les serveurs eux jouent à cache-cache avec les consommateurs. J’arrive quant même à me faire servir une bière à la deuxième terrasse que j’essaye mais uniquement parce que j’ai pris une table qui était en train de se libérer et je savais que le serveur viendrait rapidement récupérer le paiement laissé dans la soucoupe. C’était une belle fin de journée et un Mistral à quai sur le coté formait une silhouette massive et impressionnante.

Les 5 tablettes chall_marine_resul_23Un peu avant l’heure annoncée pour la cérémonie, je m’approche du musée de la Marine et je vois quelques voitures obtenir l’ouverture manuelle d’un portail voisin. Effectivement, c’est bien ici. Le club house est tout à fait correct et les voiliers à quai sur le coté sont de belles unités de quarante pieds et plus.

Michel chall_marine_resul_15La cérémonie commence, présidée jovialement par l’amiral président du club qui me fait immédiatement penser à Michael Caine dans un film que j’ai adoré,  Le Plus Escroc des deux (« Dirty Rotten Scoundrels« ). Nous sommes deuxième de notre groupe derrière un Dufour 334! Les résultats complets sont ensuite affichés et surprise, nous avons raté la première place en temps compensé de cinq malheureuses secondes! Michel et moi sommes très excités!

Parcours 6Bien sûr on peut toujours refaire la régate dans sa tête et trouver plusieurs occasions où on a sans doute perdu plusieurs secondes. Le parcours de 10 nautiques comportait deux grandes boucles identiques entre deux points fixes situés sur un axe à environ 40° de la brise thermique relativement légère du Sud-Est. Il n’y avait qu’un seul départ pour les quarante bateaux. Lorsque nous sommes sortis de la petite darse du YCT, il n’y avait encore aucun vent et nous progressions à la pagaie lorsque Michel obtient à la VHF du comité de course qu’un semi-rigide vienne nous remorquer avec l’autre Open 500 du club, Pytheas, avec Yves et Thomas. Lorsque le vent arrive et le parcours est affiché, je constate qu’il avait une certaine similarité avec celui de la course précédente, d’autant plus que le vent y est à peu près aussi identique. J’avais fait l’erreur la dernière fois de rester sous le vent de la flotte après avoir fait un bon départ à la bouée. Il y a, comme la dernière fois, une bouée de dégagement bien au vent de la ligne de départ. Michel décide de faire un départ au bateau comité pour éviter d’être gazé par tous ces gros bateaux et c’est la bonne décision. Dans la minute qui précède le départ la flotte est groupée dans le voisinage du bateau comité mais nous gardons une bonne vitesse à son vent. Le très gros danger dans une telle situation est de ne pas pouvoir passer entre la flotte et l’arrière du bateau comité car les autres bateaux à notre bâbord avaient priorité sur nous. Je surveillai un gros bateau à coque jaune qui aurait pu nous fermer le passage mais heureusement Michel a gardé une très bonne vitesse tandis que le bateau jaune, bien lourd, avait de la difficulté à accélérer et nous avons réussi à lui passer devant sans qu’il essaye de faire quoi que ce soit pour nous en empêcher. Sans le savoir nous avions un « cream puff » (profiterole) à coté de nous. C’est l’expression utilisée aux USA pour désigner un bateau paisible et non agressif sur une ligne de départ de régate. Grâce à lui nous faisons donc un excellent départ au vent de tout le monde et avec de la vitesse sur la ligne.

Dans le tout premier bord tribord amures je fait sans doute une erreur à cinq secondes en suggérant à Michel de virer alors que nous étions encore trop près d’un J80 voisin qui nous a un peu gêné. Nous passons ensuite la bouée de dégagement dans le premier tiers de la flotte et la course devient maintenant une course de vitesse pure au près bon plein vers la bouée de l’émissaire. Michel et moi tenions à rester au vent de tout le monde, quitte à allonger un peu le parcours. Nous voyons Pytheas, l’autre Open 500, se faire régulièrement gazer sous le vent de la flotte. Cela nous a sans doute conduit à trop en faire car à un moment pour bien laisser passer sous notre vent tous les autres bateaux plus rapides que nous qui étaient encore derrière nous, nous décidons de faire un court bord bâbord amures pour nous situer plus haut dans le vent. Je pense maintenant qu’il aurait été sans doute plus payant d’anticiper un peu plus tôt cette situation et de serrer un peu plus le vent pendant un certain temps au lieu de virer de bord. Une majorité de la flotte vire la bouée en X de l’émissaire avant nous et redescend alors sous spi. Comme la photo en tête de cet article le montre bien, nous allons bien en dehors de notre chemin le plus court vers la bouée pour bien passer au vent de tous ces grands bateaux et surtout de leurs grands spis.

Le bord de portant se passe bien. Nous maintenons la distance avec les gros bateaux et, dans une course par handicap, c’est alors bon pour le petit bateau. Je maintiens le spi à la limite du décrochage et quand il décroche il faut réagir vite et brasser de l’écoute. A la fin du premier tour nous changeons de position et je prends la barre. Un ou deux gros bateau passent sous notre vent mais les interactions entre bateaux deviennent rares. C’est devenu une course de vitesse pure et de réglages de voiles dans une mer plate et avec un vent médium faible. On place nos poids vers l’avant, on fait légèrement giter le bateau, on maintien la GV avec le minimum de déversement. Au portant on ne roule pas le foc et les trois voiles ensemble donnent une bonne impression. Sur la ligne d’arrivée nous comptons neuf bateaux derrière nous.

2015-09-27 Gr4orw_h1200Voici le résultat affiché pour notre groupe, le groupe 4, qui est constitué des classes Hn L, R1, R2 et R3. Comme dans toute régate par handicap, c’est un tableau compliqué mais le paramètre de handicap le plus important est celui de la colonne HN Net, qui reflète à peu près le potentiel de vitesse de chaque bateau. On constate que pour ce groupe ce paramètre varie de 13,0 à 24,5, soit presque du simple au double. N’aurait-il pas été possible de faire des groupes plus homogènes?

Groupes officielsJ’ai construit un tableur Excel avec les résultats des 40 bateaux. Voici le groupage officiel. Le groupe 1 comporte des bateaux dont le Hn net varie de 3 à 14,5. Le premier en temps réel a fait le parcours en 2h24 et le dernier en 3h45 soit 1h21 de différence. La moyenne de ces différences entre bateaux est de 0h33 pour ce groupe.

Pour le groupe 2 on a seulement 0h51de différence maximum et 0h28 de différence moyenne alors que les Hn varient de 17,5 à 30,5.

Pour le groupe 3, monotype J80, on a 0h12 de différence maximum et 0h07 de différence moyenne.

Pour le groupe 4, notre groupe, on a 0h23 de différence maximum pour une différence moyenne de 0h16 et des Hn variant de 13 à 24,5.

Groupes proposesLe système d’handicap PHRF que j’ai utilisé aux USA avait aussi des groupes (appelés classes) pour essayer de faire courir ensemble des bateaux plus ou moins homogènes. Ces groupes étaient basés uniquement sur le potentiel de vitesse du bateau. J’ai essayé de faire de même et de constituer des groupes basés uniquement sur le coefficient HN net des 40 bateaux.  J’ai mis les neuf J80 dans le groupe 3 et j’ai ensuite constitué trois groupes de 11, 11 et 10 bateaux. Voici ci contre ce que cela donne.

Les différences en HN net et en temps réel diminuent au sein des groupes, mais c’est subtil et ce n’est pas la démonstration écrasante que j’espérais en démarrant l’exercice.

Cet exercice n’est pas vain cependant car notre bateau Adesias est maintenant le vainqueur en temps compensé de son groupe tout en terminant deuxième en temps réel!

Je commence a bien aimer l’Open 500. J’ai terminé troisième pour ma première course handicap avec ce bateau et deuxième pour la deuxième. Ma troisième course est un événement monotype à Bauduen, sur le lac de Ste Croix ce prochain week-end. Ce sera bien plus difficile de continuer cette série décroissante (3, 2, ?) connaissant relativement mal à la fois le bateau et le lac. Mais les courses monotypes sont infiniment plus intéressantes que les courses par handicap. Il me tarde d’y être.

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