Ce qui me perturbe le plus avec l’Albatros

2015-04-30_14-31-08_COOLPIX AW120_0204_H1200

Voici une photo prise en avril dernier lorsque j’ai ajouté des lèvres de dérive sur mon Albatros rebaptisé « Lemon 008 ». Je vais essayer de l’utiliser comme illustration pour vous expliquer ce qui me perturbe le plus avec ce canot.

Hier j’ai effectué une de mes rares sorties en double, avec ma fille Salima comme équipière. La brise thermique soufflait du Sud-Ouest à un bon 8-10 kn (mesurés à la station toute proche de l’aéroport TLN) et comme cette brise survole auparavant la péninsule de Giens et son double tombolo, elle se présente dans la rade de Hyères avec des irrégularités qui sont plus ou moins grandes selon les jours. Hier n’était pas un trop mauvais jour à cet égard, mais nous sommes passés assez près de la pointe ouest de Giens et il y avait beaucoup de trafic sur l’eau avec donc une mer pas trop forte mais chaotique. On était au rappel tous les deux dans les surventes mais dans les molles l’un d’entre nous remettait simplement son buste droit en restant assis sur le rebord du bateau et l’autre devait fréquemment venir s’agenouiller sur le fond du cockpit pour mettre son poids plus proche de l’axe longitudinal du bateau et éviter une contre-gite qui pouvait être brutale et désagréable. On prend le rythme mais de temps en temps une vague un peu plus mauvaise aborde le bord d’attaque de la dérive lestée du mauvais coté et celle-ci bascule brutalement de 20-25 degrés dans l’autre sens. Ce mouvement brutal fait soudainement déraper toute la coque sous nos pieds et nos postérieurs et la sensation est bien désagréable. Je la compare à faire du ski sur de la neige fraîche recouvrant une plaque de glace. Dès que le ski touche la glace dans les zones moins épaisses en neige fraîche, il se met à glisser latéralement et soudainement.

On voit sur la photo ci-dessus que la dérive est bien dans l’axe. Cette position n’est stable qu’avec la dérive relevée ce qu’il faut pour empêcher les mouvements de rotation latérale (autour d’un axe vertical). Au prés dans une mer plate et un vent régulier, le bateau doit prendre une gite de 7-10° et la dérive alors s’auto-aligne avec l’axe de la carène gitée qui fait un angle de 10-13° avec l’axe longitudinal de la coque (son bord d’attaque étant du coté au vent et son bord de fuite du coté sous le vent). Le bateau peut donc faire une embardée de 20-25° lorsque la dérive passe brutalement d’une position d’équilibre à l’autre. Bien sûr, cette nouvelle position d’équilibre n’est pas stable et la dérive revient tout aussi brutalement et soudainement dans sa position initiale.

Dans ces conditions de mer et de vent et pour éviter ces glissades bien désagréables, on est donc forcés de remonter la dérive jusqu’à ce qu’elle se coince dans l’axe longitudinal de la coque. Ce faisant on a l’inconvénient de réduire le couple de rappel du lest et de reculer le centre de carène. Mais cette réduction de puissance n’est pas tout car on a aussi en même temps et malheureusement créé un petit hydrofrein car la dérive fait alors un angle de 10° environ avec la trajectoire suivie et c’est un facteur supplémentaire d’instabilité oscillatoire sur la nouvelle trajectoire.

Le concept de « gybing centerboard » n’est pas nouveau, mais à ma connaissance est limité à de petits angles de basculement latéral. Finot a osé aller plus loin avec une coque particulièrement large (45% de la longueur) et une dérive simplement suspendue à son axe (seule la gravité maintien la dérive dans sa position basse; en fait cet absence de dispositif de blocage de la dérive en position basse est très dangereuse car si le bateau a le malheur de chapeauter, la dérive se remet alors automatiquement en position repliée le long de la coque et la com de Finot selon laquelle le bateau se redresse tout seul après un dessalage est prise en défaut) sans aucun autre dispositif de réglage que le palan de relevage. La liberté de rotation droite-gauche de 20-25° qui en résulte rend le bateau particulièrement désagréable par certaines conditions de mer et de vent.

Voir quelques dessins très clairs dans: http://www.maritime-identity.com/portfolio/tekeningen-gybing-centerboard/

Finalement, voici une photo qui illustre les remontées d’eau dans ce puits de dérive si large que mes lèvres de dérive ont de grandes difficultés à limiter l’entrée d’eau.

2015-08-08_17-07-07_COOLPIX_AW120_0268_resize