Bauduen, score parfait ..

    2015-10-10 16-23-44_AW120_0460_Bambaras_resizeÉtienne et Guillaume

Tout d’abord, levons vite le suspense. A l’arrivée sur la cale publique de mise à l’eau du petit village de Bauduen sur le lac de Ste Croix et pendant les préparations et le matage des Open 500 j’ai entendu cette question: « alors, Jaffar va-t-il réussir son score parfait? » Eh bien oui, j’ai réussi un score parfait à Bauduen avec l’aide et la complicité de mon co-skipper Thomas. J’ai aussi pour la première fois participé à un « festival » Open 500 et découvert de l’intérieur le fonctionnement d’une classe monotype, disons atypique, avant d’acheter éventuellement le canot correspondant.

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L’attente

Appuyons maintenant sur le bouton d’avancée rapide et arrêtons-nous sur le début de la première course de la deuxième journée, un parcours dit « banane » simple (deux tours entre une bouée au vent sans sa bouée de dégagement et une bouée sous le vent). Contrairement au premier jour, le vent a été inexistant jusqu’au début de l’après-midi où tout le monde anticipait la levée d’un vent thermique. Après une longue attente sur l’eau la procédure de la première régate de la journée est lancée dans le petit vent. Thomas est à la barre de Pytheas et je place mon ballast aussi bien que possible tout en tirant les ficelles du foc. Contrairement à la veille, je ne m’embrouille pas les pédales avec ma montre de régate que je n’utilise pas en dehors de ces occasions car elle a quelques petits défauts dans la vie quotidienne. La veille on avait décidé de faire un départ au milieu de la ligne mais aujourd’hui Thomas essaye d’abord de se placer pour un départ au bateau comité. Mais surprise, surprise, tout le monde veut faire la même chose! Il y a même foule dans la zone dangereuse au vent de la layline du bateau comité. Les bateaux qui sont à l’intérieur sont gazés par tous les bateaux extérieurs, illégaux mais plus véloces, et qui essayent de forcer le passage juste derrière le bateau comité. On arrive à échapper à cette partie de bateau-tamponneur en abattant en dessous du paquet et on fait un départ décent vers le milieu de la ligne.

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One strong tactical move is to set up in a so-called “safe leeward position” (Boat L). When you are just to leeward and ahead of another boat (W), you will be sailing in a slight lift as the wind bends around W’s sailplan. At the same time, W will have a header coming off your sails, so you will soon pull ahead. You normally get into this position by approaching on port tack and then tacking. However, you must be at least bow to bow with the other boat as you converge in order to make this work. Make sure you don’t tack too close to W of you will break rule 13 (Changing Tacks). Also, don’t tack too far away from W or you won’t slow them and they will then pin you from tacking. Once you tack into a leebow position, work hard at pointing high and squeezing to windward so you force the other boat to tack away quickly. This is essential in order to regain the strategic option to tack whenever you want.

On vire de bord au bout d’un moment et dans le voisinage de la layline on rencontre Adesias qui a priorité tribord amures. On était devant mais le croisement n’était pas possible, de peu mais pas possible quand même. Il fallait soit virer de bord soit abattre pour passer derrière en prenant de la vitesse. Personnellement je donne souvent la préférence à cette deuxième solution car elle est moins risquée vis-à-vis de la layline bien qu’abandonnant un éventuel positionnement à l’intérieur au virement de la bouée. Mais Thomas choisi de virer de bord avant le croisement pour prendre la position favorable sous le vent (safe leeward position). A-t-il viré de bord trop tard? A-t-il ensuite lofé trop tôt avant d’avoir repris une route au plus près? J’étais assis sur la bosse centrale du cockpit, le dos à l’action, et je ne suis pas sûr. Dans ces deux cas nous aurions commis une infraction à la règle 13. Mais dans tous les cas Adesias n’a pas répondu au lof en lofant à son tour et les bateaux sont entrés en contact à faible vitesse. Que nous ayons été fautifs ou non, Adesias n’a pas appliqué la règle 14 qui lui demande d’éviter le contact.

Ce genre de situation est très difficile à juger pour un jury de course et en général le bateau qui vire a de la difficulté à démontrer qu’il a viré à temps et est jugé coupable plus souvent que nécessaire. Il vaut mieux donc bien séparer le lof du virement qui l’a précédé et avertir verbalement à la fois son propre équipier et l’autre barreur que l’on s’apprête à lofer. Mais la classe ne permet pas les réclamations qu’elle remplace par une tournée au bar après la course. Il y a certainement eu d’autres situations serrées entre autres bateaux au départ ou à la première bouée au vent car nous avons entendu quelques éclats de voix mais personne n’a fait de tours de pénalité pour s’exonérer. Thomas m’a dit que du temps ou il possédait un Open 500 il avait constaté la même chose avant d’arrêter simplement lui aussi de considérer faire des tours de pénalité. Michel est d’ailleurs venu nous voir en fin de journée sur le parking à bateau pour discuter de qui devrait payer les bières mais comme il était pressé de partir vers Toulon le soir même, l’échange s’est vite arrêté.

Je constate donc un manque de rigueur dans les régates de ce festival Open 500. Si un règlement quelconque ne prévoit aucune sanction, il n’y a que ceux qui l’appliquent à la lettre qui en pâtissent. Les autres qui n’hésitent pas à prendre des raccourcis osés ont le champ libre. Si on n’a pas peur de certaines conséquences, la qualité de la course ne peut que diminuer. La classe avait la bonne intention de favoriser la navigation en gentleman et c’est l’effet inverse et pervers qui est obtenu. L’enfer est pavé de bonnes intentions, n’est-ce pas! J’en ai parlé à quelques uns des meilleurs sur l’eau et ils sont d’accord avec moi sur ce point. Mais je comprends aussi maintenant un peu mieux pourquoi on n’a jamais eu aucun avis de course, aucune instruction de course, ni sur internet, ni affiché au club organisateur ni distribué aux concurrents. En fait je comprend que l’AS Open 500 n’est même pas inscrite à la FFVoile. J’ai aussi compris que la raison de la non mise à jour de la page web de l’AS Open 500 est que son administrateur a vendu son bateau et quitté l’association. Ce point est pour moi à classer dans la colonne négative dans ma considération de l’achat éventuel d’un Open 500. Je n’ai pas de jugement de valeur sur ce que fait ou ne fait pas la classe et visiblement cette constatation ne gène pas ceux à qui j’ai parlé autant qu’elle me gène personnellement.

L’autre point négatif est la situation de la production des voiles. J’avais demandé un devis pour un jeux complet de voiles à Hobie Shop à Hyères dans l’éventualité d’un achat d’un Open 500 d’occasion avec ses voiles d’origine à changer. La seule couleur disponible pour le spi était le noir et cela m’a arrêté net car il n’est pas question pour moi d’acheter un spi noir! Quelle horreur! Bernard m’avait bien dit qu’il y avait un changement de fournisseur de voile et des problèmes avec la nouvelle fourniture. Cela a été confirmé par mes discussions à Bauduen. En fait Pytheas, le bateau avec lequel Thomas et moi avons couru est l’ancien bateau de Michel et François qu’ils ont vendu pour acheter un bateau avec des voiles en meilleur état. Yves, le nouveau propriétaire nous l’a prêté à Thomas et à moi pour Bauduen et est forcé de continuer à régater avec des voiles pourries tant que sa commande d’un nouveau jeux de voiles n’est pas honorée. Les propriétaires de l’Open 500 en fait ont l’air de bien supporter une telle situation. Je n’ai pas trouvé en ligne de statuts de l’association des propriétaires de l’Open 500 mais je suis sûr qu’ils ont le pouvoir légal de faire les changements nécessaires pour retirer à Hobie, le successeur de Phileas Boats, le monopole de la fourniture des voiles. De toutes manière j’ai compris que la classe faisait déjà des commandes groupées. Alors pourquoi ne pas essayer d’avoir de meilleures voiles avec un meilleur service et à un meilleur prix? Il doit certainement y avoir une bonne raison.

La deuxième course de la journée se passe avec moins de vent. Le vent est très variable en force, en direction et selon la zone du plan d’eau, mais il y a en moyenne un affaiblissement. Le président du comité de course, président du SRVB le club organisateur envoie le zodiac déplacer la marque au vent de 20-30° vers la droite puis au moment ou le zodiac arrive sur place, lui demande de ne rien toucher car le vent est revenu. Il lance ensuite la procédure de départ. Nous faisons un moins bon départ que le précédent. Le président a visiblement mal lu les oscillations du vent car toute la flotte est désormais capable de mettre le cap directement sur la bouée , le vent ayant viré très nettement à droite. C’est devenu une drag race, course de vitesse pure.  La flotte est bien groupée loin devant nous et nous sommes tous seuls loin derrière. Le président demande par VHF au zodiac de hisser le pavillon de réduction de parcours. Nous étions encore loin de la bouée mais le paquet devant nous y était déjà. Le premier spi rouge que nous voyons se dirige maintenant directement vers la zone de la cale de mise à l’eau au lieu de revenir vers le bateau comité. 2015-10 RésultatsCe bateau est sans doute revenu pour terminer au bateau comité avant nous car nous avons officiellement terminé dixièmes et derniers pour la troisième fois consécutive. Le score parfait 10-10-10 ! Et on n’a même pas reçu de prix de consolation à la remise des prix!

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Thomas

Plus tard, Étienne m’a dit avoir remarqué qu’on se trainait sur l’eau et m’a demandé pourquoi, alors que Thomas et moi même ne sommes pas des débutants. Thomas est moniteur de voile de profession, a l’expérience d’une très grande variété de bateaux et a l’expérience de l’Open 500 en tant que propriétaire. Je ne peux que spéculer sur la conjonction de plusieurs facteurs. Tout d’abord les voiles. J’en ai déjà parlé et mon expérience dans la classe du J105 aux USA est qu’en régates monotypes où les différences matérielles entre bateaux sont réduites au minimum, il y avait une bonne corrélation statistique entre le groupe de ceux qui avaient les meilleures voiles et celui de ceux qui avaient les meilleurs résultats. Dans la classe américaine du J105, chacun était libre de choisir son maitre-voilier mais la GV devait obligatoirement être en Dacron, le foc en Pentex et le spi en Nylon et il y avait des périodes minimum strictes de renouvellement des voiles (comptée en mois de 12 à 36 selon la voile. A cette époque un maitre-voilier, Ullman Sails s’est mis à produire des voiles nettement supérieures et ceux qui se fournissaient chez d’autres voiliers comme ceux qui essayaient de faire durer leurs voiles un peu plus longtemps que le minimum s’imposaient un handicap certain. Certains programmaient l’achat de nouvelles voiles pour coïncider avec l’événement le plus important de la saison où une voile neuve a un avantage sur une voile en fin de période.

En deuxième je placerais une erreur de notre part de ne pas re-tensionner les lattes de GV pour avoir dans le petit temps des voiles plus creuses que la veille où il y avait bien plus de vent. Je me suis rendu compte que notre GV était bien plate par rapport aux autres. Mais il faut dire que lors de ma première course en solo sur l’Open 500 j’avais fait l’erreur inverse de trop tensionner la latte du haut qui a refusé d’inverser sa courbure avec les virements de bord malgré tout ce que j’ai bien pu faire sans avoir à affaler la GV. Donc cette fois-ci j’ai compensé dans l’autre sens.

2015-10-10 17-52-01_AW120_0461_leak_h1200Ensuite, il faut dire que notre équipage devait avoisiner les 180 kg, ce qui n’est pas une bonne chose dans la pétole du deuxième jour. Puis, le bateau était plutôt mou au près, sans doute à cause d’une quête de mât insuffisante et d’un guignol trop détendu. Enfin finalement la coque de Pytheas prend de l’eau et le fait de laisser le bateau au mouillage la nuit nous a conduit a enlever plusieurs litres de carène liquide à la mise du bateau sur sa remorque en fin de festival. Le fait que Thomas et moi-même formions équipe pour la toute première fois sans s’être jamais entrainés ensemble a peut-être aussi joué mais marginalement car nous avons été sur la même longueur d’onde dès le début.

Il faut quand même revenir un peu en arrière sur la première journée avant de parler des activités à terre. Michel avait magistralement organisé une préparation collective des bateaux le samedi précédent et avant de démâter il fallait changer deux essieux de remorque sur trois. L’essieu de la remorque de l’Open 500 ne dure pas longtemps malgré les rinçages minutieux à l’eau douce après utilisation car il n’est pas étanche. Il a fallu couper les boulons à la disqueuse et les remplacer, mais c’était prévu. Départ donc de Toulon en convoi vendredi matin. A l’arrivée à Bauduen il y a une entre-aide immédiate pour le matage et surtout un effort collectif pour la mise à l’eau à partir d’une cale longue et pentue. C’est un point positif formidable pour la classe et qui donnera le ton sur tout le festival.

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Le parcours de vendredi

Coté régate, il n’y a pas d’instructions de course écrites mis à part un schéma du parcours côtier. Le président du comité et du club nous explique bien qu’il y aura une bouée de dégagement dans l’axe du vent après le départ et qu’il faudra la laisser à bâbord alors que toutes les autres bouées seront à laisser à tribord. Nous n’étions que deux ou trois devant lui lorsqu’il nous explique, dessin à l’appui (ci-contre), que laisser la bouée de dégagement à bâbord implique de tourner de 270° autour de cette bouée pour aller ensuite dans la bonne direction. Je n’avais jamais entendu parler d’une telle disposition, mais n’ayant pas encore toutes les données je me suis dit qu’il devait y avoir une bonne raison pour cela. En fait il n’y en a pas. Je pense personnellement que faire faire un 270° obligatoire autour d’une bouée est le meilleur moyen de créer un embouteillage artificiel sur l’eau. Toutes les bouées étaient mouillées relativement près du rivage, sans doute pour ne pas avoir à utiliser une longue ligne de mouillage. L’idée d’une bouée de dégagement après un départ est de rendre à peu près équitable tous les points de la ligne de départ et d’éviter un embouteillage soit au bateau comité soit à la bouée de départ si la ligne n’est pas équitable. Le rôle de la bouée de dégagement n’est pas de remplacer un embouteillage potentiel sur la ligne de départ par un embouteillage certain à la bouée.

Ce qui devait se passer arriva. Les premiers à la bouée de dégagement l’ont laissée à tribord, les suivants ont hésité puis quelques bateaux, dont nous, l’ont laissée à bâbord. J’étais à la barre et je me suis dit qu’une bonne moitié de la flotte allait être disqualifiée puisque je n’ai vu personne faire des tours de pénalité (en fait, je ne suis pas sûr que l’on puisse s’exonérer d’avoir viré une marque du mauvais coté avec des tours de pénalité). Mais je n’avais pas encore compris l’esprit ludique de la classe qui ne porte pas beaucoup d’attention à de banales erreurs de parcours par rapport à des instructions de course purement verbales.

Cette première régate a été dure pour moi car le vent très variable en force, en direction et selon les endroits sur l’eau, s’est rapidement mis à souffler avec des rafales croissantes jusqu’à 15-16 nd avant de décroitre plus tard sur notre parcours côtier. Je n’avais aucune expérience de ce type de vent sur l’Open 500 et j’étais anxieux. Je n’avais encore jamais navigué avec Thomas et nous nous mettons d’accord pour alterner les positions. Thomas me propose de s’occuper de toutes les manœuvres de voile le premier jour. Sachant que je suis moins agile et moins efficace au rappel que lui, j’accepte.

On décide de faire un départ au milieu de la ligne pour éviter la foule qui se trouvera sans doute au bateau comité. Le problème est que je m’embrouille les pédales avec ma montre régate à laquelle je dois consacrer trop d’attention. On fait un départ décent mais on assiste un peu ahuris au passage de la bouée dans tous les sens par les bateaux qui nous précèdent. Dans les discussions à terre qui suivront j’ai même appris qu’un bateau a décidé de passer la bouée une fois à tribord puis un deuxième fois à bâbord pour être sûrs de ne pas être disqualifiés.

Quand on hisse le spi pour la première fois et que tout se passe bien mon niveau d’anxiété diminue d’un cran et je commence à mieux me sentir, moins stressé. On discute ce que l’on voit sur l’eau et on décide d’éviter si possible de rester trop prés des rivages qui paraissent avoir des vents plus irréguliers. C’est une stratégie que l’on suivra jusqu’au bout et ce n’est que trop tard que l’on comprendra qu’elle était mauvaise. On a eu jusqu’à cinq bateaux derrière nous et tout le monde, devant et derrière, essayaient de coller aux côtes. On aurait dû défendre notre place en suivant les leaders au lieu d’essayer de les passer en augmentant les séparations latérales et en recherchant un vent différent. Je savais que statistiquement, prendre des options bien différentes des leaders avaient des probabilités de succès bien inférieures à essayer de suivre ces leaders et de se concentrer à minimiser ses propres fautes. Ce même scénario se reproduira en plusieurs passages de bouées ou de passages difficiles. Le vent faiblira un peu tout en devenant plus irrégulier et avec de grandes zones molles. Un à un les bateaux qui étaient derrière nous nous passent, les deux derniers à un quart de mille de la ligne d’arrivée, toujours en collant à la côte dans un vent plus irrégulier mais plus fort que celui dans lequel nous étions, un peu plus au large. Je pense aussi maintenant que le vent a proximité immédiate de la côte devait sans doute aussi avoir une direction plus favorable.

On termine dernier mais nous sommes sûr de n’avoir pas pris de bouée dans le mauvais sens. Si ceux qui ont pris la bouée de dégagement dans le mauvais sens avaient appliqué le règlement de l’ASOpen à la lettre, ils auraient dû dépenser une fortune en tournées de bières.

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Michel

Les repas du soir ont été joyeux et festifs et visiblement le groupe était content de se retrouver. Il y avait une tombola sans aucun perdant, des prix divers et ce qui a eu un grand succès, une vente d’articles avec les logos de la classe. La nourriture au petit déjeuner et au déjeuner (à emporter) était minimale mais aux diners elle était excellente, toujours bien arrosée et complémentée par de bonnes bouteilles spécialement apportées par les uns et les autres. Les boute-en-trains boute-en-trainaient et les taquineries gentilles fusaient. On a même eu par moment des discussions plus profondes sur des sujets liés à notre sport favori. Je ne regarde plus la télé ni les grands événements sportifs depuis un certain temps mais j’ai apprécié regarder le match de rugby Nouvelle Zélande – Tonga dans cette ambiance de camaraderie.

Samedi matin nous savions tous que le vent ne se lèverait pas avant le début de l’après-midi. Une épique partie de pétanque à dix s’est déclenchée presque spontanément sans cochonnet, avec des boules dépareillées sur le parking en terre battue plein de cailloux du centre de vacance qui nous accueillait. Les pointeurs pointaient et les tireurs tiraient. Ma voiture était en proximité immédiate mais heureusement chaque fois qu’un tireur se mettait en position, il y avait une personne prévoyante pour aller faire le goal keeper soit du coté de ma voiture soit du coté de la route.

Ah oui, j’allais oublier les joutes nautiques qui se sont déroulées pendant l’attente interminable du vent en début d’après-midi le deuxième jour. Il y a eu des abordages et des mises à l’eau et on déplore la mort cérébrale d’un pauvre smartphone qui était simplement au mauvais endroit au mauvais moment.

Comme Yak Deplass l’a dit sur le forum, le festival sentait bon la Provence sauvage ..

3, 2, ..

2015_CNMT_CHALL_MAR_079Deuxième distribution des prix pour moi après une deuxième régate dans la rade de Toulon sur l’Open 500. Comme pour ma première régate dans cette rade il y a quelques semaines, j’avais décidé au retour à la splendide base du Yacht Club de Toulon d’assister à l’annonce officielle des résultats au club house de l’organisateur, le Club Nautique de la Marine à Toulon. Pourquoi? Sur le plan logistique, cela me donnait plusieurs heures à attendre. Le club house est en plein cœur de la partie militaire du port de Toulon, juste à coté du musée de la Marine et mon domicile est à une heure de route aller-retour dans la direction opposée. Il est toujours difficile d’estimer sur la ligne d’arrivée d’une régate par handicap, surtout si la course est longue et le bateau sur lequel on est est censé être un des plus lents. Sur la ligne d’arrivée, on était presque sûr d’une seule chose: d’être en temps compensé devant les neufs bateaux que l’on pouvait compter derrière nous en temps réel. Neufs bateaux derrière sur 40 au départ, c’était pas mal et l’on pouvait espérer avoir une chance de décrocher le premier prix de notre classe qui était exceptionnellement une tablette numérique offerte par une commerçant de la région. Michel, le co-propriétaire et skipper d’Adesias, l’Open 500 sur lequel j’avais couru, et moi-même avions l’impression d’avoir bien fait. Michel avait décidé de venir cette fois-ci à la cérémonie où nous nous étions donnés rendez-vous.

Comme j’avais du temps à perdre, je suis allé flâner sur les quais ouverts aux badauds et au touristes dans le voisinage du musée de la Marine. L’eau est très sale mais quelques pécheurs, visiblement habitués ont des lignes à l’eau pour passer le temps agréablement. La foule est très clairsemée pour une fin d’après-midi de dimanche et si les tables des terrasses sont occupées, les serveurs eux jouent à cache-cache avec les consommateurs. J’arrive quant même à me faire servir une bière à la deuxième terrasse que j’essaye mais uniquement parce que j’ai pris une table qui était en train de se libérer et je savais que le serveur viendrait rapidement récupérer le paiement laissé dans la soucoupe. C’était une belle fin de journée et un Mistral à quai sur le coté formait une silhouette massive et impressionnante.

Les 5 tablettes chall_marine_resul_23Un peu avant l’heure annoncée pour la cérémonie, je m’approche du musée de la Marine et je vois quelques voitures obtenir l’ouverture manuelle d’un portail voisin. Effectivement, c’est bien ici. Le club house est tout à fait correct et les voiliers à quai sur le coté sont de belles unités de quarante pieds et plus.

Michel chall_marine_resul_15La cérémonie commence, présidée jovialement par l’amiral président du club qui me fait immédiatement penser à Michael Caine dans un film que j’ai adoré,  Le Plus Escroc des deux (« Dirty Rotten Scoundrels« ). Nous sommes deuxième de notre groupe derrière un Dufour 334! Les résultats complets sont ensuite affichés et surprise, nous avons raté la première place en temps compensé de cinq malheureuses secondes! Michel et moi sommes très excités!

Parcours 6Bien sûr on peut toujours refaire la régate dans sa tête et trouver plusieurs occasions où on a sans doute perdu plusieurs secondes. Le parcours de 10 nautiques comportait deux grandes boucles identiques entre deux points fixes situés sur un axe à environ 40° de la brise thermique relativement légère du Sud-Est. Il n’y avait qu’un seul départ pour les quarante bateaux. Lorsque nous sommes sortis de la petite darse du YCT, il n’y avait encore aucun vent et nous progressions à la pagaie lorsque Michel obtient à la VHF du comité de course qu’un semi-rigide vienne nous remorquer avec l’autre Open 500 du club, Pytheas, avec Yves et Thomas. Lorsque le vent arrive et le parcours est affiché, je constate qu’il avait une certaine similarité avec celui de la course précédente, d’autant plus que le vent y est à peu près aussi identique. J’avais fait l’erreur la dernière fois de rester sous le vent de la flotte après avoir fait un bon départ à la bouée. Il y a, comme la dernière fois, une bouée de dégagement bien au vent de la ligne de départ. Michel décide de faire un départ au bateau comité pour éviter d’être gazé par tous ces gros bateaux et c’est la bonne décision. Dans la minute qui précède le départ la flotte est groupée dans le voisinage du bateau comité mais nous gardons une bonne vitesse à son vent. Le très gros danger dans une telle situation est de ne pas pouvoir passer entre la flotte et l’arrière du bateau comité car les autres bateaux à notre bâbord avaient priorité sur nous. Je surveillai un gros bateau à coque jaune qui aurait pu nous fermer le passage mais heureusement Michel a gardé une très bonne vitesse tandis que le bateau jaune, bien lourd, avait de la difficulté à accélérer et nous avons réussi à lui passer devant sans qu’il essaye de faire quoi que ce soit pour nous en empêcher. Sans le savoir nous avions un « cream puff » (profiterole) à coté de nous. C’est l’expression utilisée aux USA pour désigner un bateau paisible et non agressif sur une ligne de départ de régate. Grâce à lui nous faisons donc un excellent départ au vent de tout le monde et avec de la vitesse sur la ligne.

Dans le tout premier bord tribord amures je fait sans doute une erreur à cinq secondes en suggérant à Michel de virer alors que nous étions encore trop près d’un J80 voisin qui nous a un peu gêné. Nous passons ensuite la bouée de dégagement dans le premier tiers de la flotte et la course devient maintenant une course de vitesse pure au près bon plein vers la bouée de l’émissaire. Michel et moi tenions à rester au vent de tout le monde, quitte à allonger un peu le parcours. Nous voyons Pytheas, l’autre Open 500, se faire régulièrement gazer sous le vent de la flotte. Cela nous a sans doute conduit à trop en faire car à un moment pour bien laisser passer sous notre vent tous les autres bateaux plus rapides que nous qui étaient encore derrière nous, nous décidons de faire un court bord bâbord amures pour nous situer plus haut dans le vent. Je pense maintenant qu’il aurait été sans doute plus payant d’anticiper un peu plus tôt cette situation et de serrer un peu plus le vent pendant un certain temps au lieu de virer de bord. Une majorité de la flotte vire la bouée en X de l’émissaire avant nous et redescend alors sous spi. Comme la photo en tête de cet article le montre bien, nous allons bien en dehors de notre chemin le plus court vers la bouée pour bien passer au vent de tous ces grands bateaux et surtout de leurs grands spis.

Le bord de portant se passe bien. Nous maintenons la distance avec les gros bateaux et, dans une course par handicap, c’est alors bon pour le petit bateau. Je maintiens le spi à la limite du décrochage et quand il décroche il faut réagir vite et brasser de l’écoute. A la fin du premier tour nous changeons de position et je prends la barre. Un ou deux gros bateau passent sous notre vent mais les interactions entre bateaux deviennent rares. C’est devenu une course de vitesse pure et de réglages de voiles dans une mer plate et avec un vent médium faible. On place nos poids vers l’avant, on fait légèrement giter le bateau, on maintien la GV avec le minimum de déversement. Au portant on ne roule pas le foc et les trois voiles ensemble donnent une bonne impression. Sur la ligne d’arrivée nous comptons neuf bateaux derrière nous.

2015-09-27 Gr4orw_h1200Voici le résultat affiché pour notre groupe, le groupe 4, qui est constitué des classes Hn L, R1, R2 et R3. Comme dans toute régate par handicap, c’est un tableau compliqué mais le paramètre de handicap le plus important est celui de la colonne HN Net, qui reflète à peu près le potentiel de vitesse de chaque bateau. On constate que pour ce groupe ce paramètre varie de 13,0 à 24,5, soit presque du simple au double. N’aurait-il pas été possible de faire des groupes plus homogènes?

Groupes officielsJ’ai construit un tableur Excel avec les résultats des 40 bateaux. Voici le groupage officiel. Le groupe 1 comporte des bateaux dont le Hn net varie de 3 à 14,5. Le premier en temps réel a fait le parcours en 2h24 et le dernier en 3h45 soit 1h21 de différence. La moyenne de ces différences entre bateaux est de 0h33 pour ce groupe.

Pour le groupe 2 on a seulement 0h51de différence maximum et 0h28 de différence moyenne alors que les Hn varient de 17,5 à 30,5.

Pour le groupe 3, monotype J80, on a 0h12 de différence maximum et 0h07 de différence moyenne.

Pour le groupe 4, notre groupe, on a 0h23 de différence maximum pour une différence moyenne de 0h16 et des Hn variant de 13 à 24,5.

Groupes proposesLe système d’handicap PHRF que j’ai utilisé aux USA avait aussi des groupes (appelés classes) pour essayer de faire courir ensemble des bateaux plus ou moins homogènes. Ces groupes étaient basés uniquement sur le potentiel de vitesse du bateau. J’ai essayé de faire de même et de constituer des groupes basés uniquement sur le coefficient HN net des 40 bateaux.  J’ai mis les neuf J80 dans le groupe 3 et j’ai ensuite constitué trois groupes de 11, 11 et 10 bateaux. Voici ci contre ce que cela donne.

Les différences en HN net et en temps réel diminuent au sein des groupes, mais c’est subtil et ce n’est pas la démonstration écrasante que j’espérais en démarrant l’exercice.

Cet exercice n’est pas vain cependant car notre bateau Adesias est maintenant le vainqueur en temps compensé de son groupe tout en terminant deuxième en temps réel!

Je commence a bien aimer l’Open 500. J’ai terminé troisième pour ma première course handicap avec ce bateau et deuxième pour la deuxième. Ma troisième course est un événement monotype à Bauduen, sur le lac de Ste Croix ce prochain week-end. Ce sera bien plus difficile de continuer cette série décroissante (3, 2, ?) connaissant relativement mal à la fois le bateau et le lac. Mais les courses monotypes sont infiniment plus intéressantes que les courses par handicap. Il me tarde d’y être.